Historique des évènements
CET ÉVÈNEMENT a eu lieu le 22 MARS 2026 (salle du Munsterhof à Strasbourg)
La Poésie du Verre
Moments forts de l’évènement, vibrants de poésie.
Merci aux artistes.
Textes
Extraits « Le Plâtrier siffleur » de Christian Bobin
PDF à télécharger ci-dessous :
Ministerium de Colette Botte
Ministerium
La poésie se moque du décor. Point d’esthétique, il s’agit d’entendre.
L’Histoire crie, vivante, dans la matière à l’œuvre.
L’enfant en mouvement agrippe la chose et, déjà, l’industriant, cultive son art. Envers, endroit, dessus, dessous. Chaos. La Matière du monde, bestiale et menaçante.
Qui est cette inconnue ? Intrigante, tranchante, mélodique, anguleuse, grinçante, gracieuse, sèche, collante, élastique, froide, goûteuse, craquelée, courbe, bruyante, lisse, métallique, rigide, chiffonnée, douce, rouillée, sèche, baveuse, silencieuse, vibrante, spongieuse…
Alors…tel un Soudeur, il la tord avec le chalumeau de ses doigts. Métallier, il la pulvérise de ses pieds furibonds. Forgeron, Horloger, il la cisaille de sa dent de lait impatiente. Il la malaxe avec son ventre, la lime sur son sexe surpris. Ferrailleur, il l’use puis la jette ou la resserre dans l’étau de son cou. Puis la remet sur le métier et, Carrossier, la cabosse inlassablement de ses poings rageurs. Danseur, il la frappe des ciseaux de ses cuisses. Chanteur la séduit des percussions de sa langue, des vocalises de ses balbutiements. Il hurle. Il s’essouffle et la souffle.
Parfois il la disloque en pièces. Il arrive que, bonne, il l’avale comme une connaissance savoureuse.
Le temps a passé. L’enfant a grandi. La Chose a disparu, semble t-il. S’est-elle dissolue ? Ne reste que perceptions, sensations, images, mots ? Où est-elle ?
Parfois, elle lui murmure à l’oreille, lui parle et lui promet.
Il brûle alors de la retrouver et ce faisant, il œuvre.
Colette Botte
Marie de France
« La veuve et le chevalier » de Marie de France. écrit par Colette Botte
Vous ne savez pas qui je suis ?
Vous ne savez où je suis née
Ni ne savez où j’ai grandi.
Du fond des siècles, je vous parle
Et mon message vous recevez
Sûrement d’avoir lu mes lais.
Dedans ma langue je vous le dis
« Marie ai num si sui de France ».
J’ai nom Marie, de France viens
Et c’est écrit en bon francien
Certains, vous n’êtes point
car pas moindre preuve n’avez
De mon identité.
Mais énigme, ne suis point
car de ma voix, dans mes lais ,
vous entendez le son
et mieux me connaissez
que toutes autres questions.
De large fortune j’ai joui
de grandir et d’apprendre
En aristocratie
Auprès de roi et reine,
Henri II, Aliénor d’Aquitaine.
Fut instruite de lettres et de langues anciennes
A la cour de Londres
tous s’accordent à le dire
qu’elle est la plus féconde
de son temps.
Et suis femme, poétesse,
Première d’Occident.
J’ai talent de vous dire en peu de mots les contes
Dont je sais qu’ils sont vrais
Les contes dont les Bretons ont puisé leurs lais.
De Matière de Bretagne et fables ésopiques
De fin’amor brûlant aux accents poétiques
Et qu’on joue sur la harpe et la vièle en musique
Je veux qu’on s’en souvienne
Et qu’ainsi l’aventure ne meurt ni ne s’efface
Mes lais, mes fables et mes récits en garderont la trace.
Je veux sauver l’Histoire de l’oubli.
Ecoutez mon prologue,
Il précède mes lais
et s’adresse à mon roi.
Prêtez oreille à ma passeuse,
Qui me lit maintenant
dans le texte traduit,
Je vous le dis ici,
* Prologue de Marie de France
Quand Dieu vous a donné la science
Et un talent de conteur,
Il ne faut pas se taire ni se cacher
Mais se montrer sans hésitation.
Lorsqu’un beau fait est répété,
Il commence à fleurir,
Et quand les auditeurs se répandent en louanges,
Alors les fleurs s’épanouissent.
Les Anciens avaient coutume,
Comme en témoigne Priscien ,
De s’exprimer dans leurs livres avec beaucoup d’obscurité
À l’intention de ceux
Qui devaient venir après eux
Et apprendre leurs oeuvres :
Ils voulaient leur laisser
La possibilité de commenter le texte
Et d’y ajouter le surplus de science qu’ils auraient.
Les poètes anciens savaient
Et comprenaient eux-mêmes
Que plus le temps passerait,
Plus les hommes auraient l’esprit subtil
Et plus ils seraient capables
D’interpréter les ouvrages antérieurs.
Pour se protéger du vice,
Il faut étudier et entreprendre
Une oeuvre difficile :
C’est ainsi que l’on s’éloigne le plus du mal
Et que l’on s’épargne la souffrance.
Voilà pourquoi j’ai d’abord eu l’idée
De composer un bon récit
Que j’aurais traduit de latin en français.
Mais je n’en aurais pas tiré grande estime
Car tant d’autres l’ont déjà fait !
J’ai donc pensé aux lais que j’avais entendus.
Je savais en toute certitude
Que ceux qui avaient commencé à les écrire
Et à les répandre
Avaient voulu perpétuer le souvenir
Des aventures qu’ils avaient entendues.
J’en connais moi-même beaucoup
Et je ne veux pas les laisser sombrer dans l’oubli.
J’en ai donc fait des contes en vers,
Qui m’ont demandé bien des heures de veille.
En votre honneur, noble roi, vous qui êtes si preux et courtois,
Vous que salue toute joie,
Vous dont le coeur donne naissance à toutes les vertus,
J’ai entrepris de rassembler ces lais
Et de les raconter en vers, sire,
Avec le désir
De vous les offrir.
(…)
Ecoutez maintenant, le récit commence !
* Prologue dans « Lais de Marie de France » col.Lettres Gothiques, Le Livre de Poche,1990, p 24
Le passeur de lumière
Poèmes
Charles Baudelaire, Le Flacon
Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre
En ouvrant un coffret venu de l’Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant.
Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l’âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D’où jaillit toute vive une âme qui revient.
Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,
Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
Teintés d’azur, glacés de rose, lamés d’or.
Voilà le souvenir enivrant qui voltige
Dans l’air troublé; les yeux se ferment; le Vertige
Saisit l’âme vaincue et la pousse à deux mains
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains;
Il la terrasse au bord d’un gouffre séculaire,
Où, Lazare odorant déchirant son suaire,
Se meut dans son réveil le cadavre spectral
D’un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.
Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,
Je serai ton cercueil, aimable pestilence!
Le témoin de ta force et de ta virulence,
Cher poison préparé par les anges ! Liqueur
Qui me ronge, Ô la vie et la mort de mon coeur !
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, Spleen et Idéal, juin 1857
Editions Presses Pocket 1989
Paul Verlaine, Art poétique
Art poétique
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.
C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
c’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la couleur, rien que la nuance !
Oh ! La nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.
Paul Verlaine, Jadis et Naguère, avril 1874
Editions Le livre de poche , 1967
Contribution poétique de La Main des Poètes
Prisme
De vagues émotions submergeaient mon esprit.
Ces étranges pensées en lueurs incertaines
Bruissent dans le silence de rêves incompris,
Déposant la clarté surprenante et lointaine.
L’Art, source de vie, se constelle de poèmes…
La main et le stylo jusqu’alors désunis
Cisèlent dans ce vide des velours de Bohème.
Le cœur et la matière sont enfin réunis.
Mais qui de la lumière en devenant le prisme
Fait jaillir les couleurs du blanc si transparent,
De ce qu’on ne voit pas, pour enfanter le schisme
Des belles irisées aux contours apparents?
L’artiste est un regard. Sa main est un destin.
Son souffle est un moment de calme que l’on hume.
A l’écoute du Monde, il poursuit son dessein.
Traversant les journées au détour de leurs brumes,
Dans les heures qui passent, il efface les nuits.
Reliant des mystères en envers d’égoïsme,
Il sourit en conscience, et terrasse l’ennui.
Son cristal limpide consacre l’humanisme.
La poussière et le feu par savante alchimie
Se ceindront de reflets pour éclairer la vie.
Le toucher paraît froid, mais le verre a émis
Sa chaleur initiale fragmentée en parvis
D’incessantes caresses de visions éternelles.
L’artiste par son labeur va donner non sans peine
A l’Histoire de ce Monde des échos fraternels :
Les choeurs en harmonie de nos âmes humaines.
Quand la mémoire diaphane se pare d’essentiel
Repoussant dans l’oubli les moments de tourment,
Des musiques d’autrefois nous dévoilent le ciel
Et nos coeurs étoilés au sein du firmament.
Par la main qui féconde, le regard qui ajuste,
L’artisan est alors, mais le sait-il lui-même,
Un faiseur de miracles. De par ses gestes justes,
Il montre l’impensable : la beauté en diadème.
Nos vies sont des éclats de lumière, de poussière,
Et le fil de nos âmes ne s’éteint pas vraiment.
Un jour, qui arrivera où l’on sera hier,
Façonnera encore ces infinis parements.
Texte écrit par Pierre Cervantes – Main des Poètes
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Nouveau regard sur les musiques anciennes
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Créatrice de Vitraux
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Photographe
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Historien
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